Critique Gladiator

Gladiator, entre passé et avenir

Je sais. J’ai 15 ans de retard. Mon ami John me le dit souvent quand il me voit galérer avec mon smartphone ou ne rien comprendre à la diction d’un jeune de moins de 18 ans. J’ai découvert le nouveau Kinder (maintenant on dit « Tinder »), celui dans lequel la surprise est la photo d’une fille qu’on peut zapper et noter, quand à mon époque il s’agissait d’un petit jouet à monter, le tout entouré de chocolat. Et j’en ai été horrifié. On ne monte plus pareil de nos jours parait-il. Bref.

J’ai vu le film « Gladiateur », et on peut dire que j’ai adoré.

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Des largesses historiques pour le bien du symbole

Comme vous le savez tous puisque vous avez tous vu ce film à sa sortie, l’histoire que nous offre Ridley Scott est un tissu de mensonges .. historiques. Certes, Marc Aurèle, Commode et Lucilla ont réellement existé, mais pas au même moment des folies du Maximus que l’on connait, lui, l’usurpateur du trône de l’Empire Romain à la fin du IVème siècle. Le personnage du film fait effectivement plutôt référence à Narcisse, lutteur du IIème siècle et qui assassina Commode grâce à une conspiration familiale et surtout féminine : « Le 31 décembre 192, Marcia, concubine de Commode et conspiratrice, fait pénétrer Narcisse dans la chambre de l’empereur. On pense que Marcia avait auparavant drogué, voire empoisonné, Commode qui, pris de vomissements, part reprendre ses esprits dans son bain. Narcisse étrangle ensuite son maître, probablement dans son bain. » Décidément, les reliquats du matriarcat avaient le vent en poupe au début de notre ère. Passons sur ceux d’aujourd’hui.

Critiqué et décrié par nos chers intellectuels à sa sortie pour ce genre de largesses historiques, « Gladiator » a rencontré un succès phénoménal. À juste titre. Finalement, Ridley Scott en dé-historicisant son film (un de ses conseillers historiques a quitté le tournage quand un autre a refusé de voir son nom associé au film), a permis de le rendre archétypal, comme un symbole imagé de la vie sous l’Empire Romain et c’est là sa grandeur. En préférant conserver l’Esprit sur la Lettre, Scott nous permet une entrée magnifique dans un monde presque magique dans lequel les hommes sont des hommes et se comportent comme tel, et les femmes sont des femmes et conspirent à foison. Je vous laisse deviner quel sexe ne rempli plus son rôle de nos jours.

Force et Honneur

Le début du film nous montre notre Général Maximus imaginaire à la tête de l’armée Romaine qui, sous l’œil du César, renverse une fois de plus les Germains récalcitrants à la Civilisation. Ce que la religion et la civilisation Chrétienne parviendront à réunir en un tout merveilleux n’est pas encore possible. C’est l’heure du sang et des larmes, de l’exacerbation de la force et de l’honneur. « À mon signal, déchaine les Enfers » lance-t-il à son lieutenant.

Vu de notre époque de décadence des valeurs, ces hommes paraissent grands en tout point. Et ils le sont, car adaptés à leur temps. Mais c’est bel et bien de notre époque féminisée et dévirilisée dont nous parlons comme dirait Marx. Ce sont nos yeux d’enfants éternels qui voient ces hommes fantasmés à l’écran. Ce sont finalement des besoins de femmes qui nous donnent cette envie de virilité. Comme toujours, Hollywood nous fera détester chez Commode ce qui résonne en nous, et admirer chez Maximus ce que nous aimerions être. Des Héros. Des inventions cinématographiques. Dans le monde du virtuel les menteurs sont rois.

Mais tel que nous le montre Michel Rouche, rien n’est aussi simple. Dans une société encore largement matricienne et matriarcale, cette héroïsation des hommes n’est que le moyen de légitimé le pouvoir des femmes en retour. Celui qui doit tuer au lieu de comprendre, celui qui doit aimer à mort ou haïr à la mort au lieu de vivre en bonne intelligence en fonction de ses intérêts. L’éternel combat entre Eros et Agape. Voyez la relation quasiment incestueuse entre Commode et sa sœur. La psychologisation à outrance de Commode le fera passer tantôt pour un enfant capricieux, tantôt pour une hytérique de premier ordre. Mélangez les deux et vous obtiendrez une certaine journaliste aux cheveux courts. Mais si l’autre là, Maroline Moutrest. Allez un petit effort que diable !

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Mourir pour des idées

« … l’idée est excellente, moi j’ai failli mourir de n’en avoir pas eu » nous chantait Brassens. Chanson ô combien d’actualité, et ô combien résonnante en voyant ce film. Notre Maximus se bat pour ses idées, pour ses valeurs, pour la grandeur de Rome. Quoi de plus beau. Mais aujourd’hui, pour quoi, pour qui se battre ? Dans un monde où le privé et le public ne sont plus dissociés que pour nous permettre de tenir des discours droits devant les uns, mais de se comporter en salop à la première occasion devant les autres. Quelles sont nos valeurs ? Qu’est-ce que notre Rome ? La France ? Quelle France ? Celle de BHL et Attali, celle de Ferrat, de Zemmour ou celle de Diam’s ? Et nos modèles ?

Il faut avoir bien plus de 15 ans de retard pour les trouver, certains remontent à la dernière image du Père de la Nation avec de Gaulle. D’autres à Napoléon. Certains comme Zemmour prennent les deux. Mais si l’on creuse, personne n’aurait envie de devenir un Maximus pour ces gens-là. Rares sont ceux qui remontent à la première image avec Clovis. Depuis 200 ans la figure du Père spirituelle est morte, depuis quelques dizaines d’années celle du père temporelle tend à disparaitre. La croix s’effondre.

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Alors oui ce film nous montre la voie à suivre. Ré-enracinons-nous, retrouvons le chemin de nos ancêtres et faisons-leurs honneur. (Avant chaque combat, Maximus symbolise son unité avec les siens en frottant la terre dans ses mains, en la respirant. Il se connecte ainsi avec son monde, avec le Monde). Ne vendons jamais nos âmes pour une bouchée de pain et préférons la mort symbolique à la vie virtuelle. Faire revivre la tradition ce n’est pas revenir en arrière et se rêver en Maximus dans un monde en ruine. C’est bien retrouver sa source pour la faire vivre dans le monde du présent. N’essayons pas de faire renaitre un Patriarcat fantasmé, il est mort enterré, refusons l’avènement du néo-matriarcat actuel qui nous mènera vers la mort des identités. Réinventons l’avenir. Il est peut-être temps que l’homme retrouve sa place, celle d’un père protecteur ; et la femme la sienne, celle d’une mère aimante. Unis car non-égaux, mais complémentaires. Faire renaitre la Croix.

Et si nous prenions cette fois-ci 15 ans d’avance ?

Force et Honneur !

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