Ce qui se cache derrière Orlando

Orlando, l’étape suivante d’une nouvelle mythologie

Les attentats survenus à Orlando et qui ont fait environ 50 morts doivent être analysés avec le recul nécessaire pour sortir du combat stérile du « tous fachos » contre le « tous moutons ». Cette confusion se base sur un des grands mensonges contemporains qui tendrait à faire croire que la violence doit rester hors de la civilisation, qu’elle n’est au contraire qu’une preuve concrète de barbarisme. Quiconque serait violent se poserait ainsi, de facto, hors du champ de l’humanité.

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La violence au cœur de la civilisation

Or, cela est faux. La violence, comme l’a montré René Girard, est au fondement même de la création de la civilisation. Elle permet de cimenter les clans, autour de rites (souvent sacrificiels), et assure le maintien ou le retour de la cohésion, de la réconciliation, grand mot récupérés par les gouvernants hypocrites actuels.

Cette violence, à but cathartique, s’effectue lors de crises sociales, identitaires ou spirituelles. Ce qui est souvent la même chose. Quand le groupe (pour nous la Nation) se retrouve totalement indifférencié, les hommes sont égaux aux femmes, les jeunes aux vieux, les chefs à Dieu, nous sommes dans ce que l’on appelle « une crise sacrificielle »1. Pour se sortir de cette crise, une société traditionnelle chercherait soit une victime émissaire venue de l’extérieur (l’exemple d’Œdipe), soit un membre de sa communauté qui pourra « payer pour les autres ». Le laisser vivre serait continuer l’indifférenciation, le tuer sera le porter au nu pour unifier la société dans le respect des différences. Les diverses classes, les différentes ethnies, les différentes sexualités s’acceptent alors comme uniques et particulières, mais faisant partie d’un tout.

L’Occident, aujourd’hui attaqué dans son entièreté (les faits se déroulent en son centre sur le territoire Américain), n’est pas en capacité d’opérer de tels processus. L’ère médiatique ne le permettrait pas. Il faut donc, en sous-main, déléguer le sale boulot par d’autres : en l’occurrence DAECH. En laissant grandir cette organisation, l’Occident se donne une porte de sortie pour faire passer la pilule du changement aux populations traditionnelles. Hier les « bobos » étaient visés au Bataclan ou à Charlie, aujourd’hui les militants LGBT à Orlando, demain une autre minorité agissante sera terrassée pour nous la faire aimer. Le sang coagule et nous coagule. Quand le sang est versé les différences s’amenuisent et le ciment social se forme.

Pour sortir de cette course infernale vers le pire, il faudrait que le Père existe encore. Oui mais voilà…

Mort du Père pour nouvelle mythologie

Chaque période de transition d’une société à une autre, celle que nous avons connue jusqu’à l’ère post-chrétienne par exemple, a besoin de ses propres mythes. Les anciennes mythologies dans lesquelles les peuples racontaient les histoires des dieux avaient comme fonction de porter le mouvement de société vers l’avenir et de créer un nouveau groupe uni par les interdits d’un côté et les missions de grandeurs de l’autre. Le Père, figure d’un mono-mythe quasiment universel, était au cœur de toute chose : l’État, la famille, la nation, l’entreprise. L’union du peuple de France et de la Monarchie Française symbolisant parfaitement la fin de la longue période matriarcale basée sur la force du Destin et sur une vision cyclique de l’Histoire pour parvenir à un monde patriarcal basé sur une autorité spirituelle en ligne droite.2 Cette fois-ci, et après la décapitation du Père, ce sera la mythologie du Fils Éternel qui prendra le relai, celui de la subversion perpétuelle dans laquelle la jeunesse sans re-pères s’autodétruira à la face du Monde. La vision cyclique étant de retour (avec tout son panel de New-age et d’annonces de la fin des Temps), celle du Destin tout puissant également, il est impossible de sublimer sa force juvénile par une spiritualité traditionnelle, donc transcendante. Le mythe du martyr, mort jeune au combat contre le « mécréant » sera alors le projet de vie parfait pour combler le vide. C’est un néo-matriarcat en puissance qui est en train d’éclore devant nos yeux trop occupés par les écrans et les informations.

Le combat LGBT cible symbolique

Le prisme du combat LGBT est le symbole parfait de l’indifférenciation actuellement en place. Pour que la nouvelle civilisation naisse, il faudra créer une empathie vers les nouveaux combats égalitaires qui permettront, face à l’ennemi commun, de nous sentir enfin unis. L’apparition du hashtag #jesuisgay, au-delà du ridicule et du rictus qu’il peut provoquer, doit s’analyser en profondeur. Nous errons tellement égarés dans les friches du monde sans Père, sans vision, sans espoir et sans rêve, que nous sommes prêts pour toutes les rémissions. Jusqu’à celle de vidanger notre identité propre. Ainsi, nous clamons tous #jesuisjuif, #musulman, #gay, #lgbt (jamais #chrétien par ailleurs) demain #jesuisnoir ou #jesuisflic, nous sommes prêts à tous les abandons pour respirer enfin tous ensemble, vivre sur la même musique. Sentir le même horizon. Être ensemble, rassembler, réconcilier. Abandonner le combat.

Elle est là la réelle substitution de DAECH et de notre nouvel ennemi parfait qu’est l’Islam. Loin des fantasmes.

  1. Émission de radio qui explique ce qu’est une crise sacrificielle : https://www.youtube.com/watch?v=DokGrcyQOys
  2. Conférence sur la question du patriarcat et du matriarcat : https://www.youtube.com/watch?v=UlwQGD1uXRU

À lire également un entretien qui reprend ces questions : http://www.sylvaindurain.fr/entretien-sylvain-durain-sur-son-livre-hashtag-hollande-2017/

6 Commentaires

  1. François Brigel dit :

    Analyse profonde, merci de votre travail salutaire dans cette période compliquée.

    Cordialement

    François

  2. Martin L dit :

    Merci pour cette analyse. C’est vrai que l’on se perd dans des analyses à court terme et qu’on ne comprend pas les intentions sur la longueur. Pour cela merci.

    Martin L

  3. Jean Paul Gaultier dit :

    Nouveaux sacrifices pour nouvelle mythologie.. Bien vu Mr Durain.

  4. Camille Caron dit :

    Merci, où peux on se procurer votre livre ?

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