Étienne Chouard

Le 28 septembre 2011, Étienne Chouard, devenu célèbre lors du « non » au référendum sur la Constitution Européenne de 2005, me recevait chez lui pour un entretien vidéo. Plusieurs thèmes y sont abordés, d’abord son combat pour le retour de la liberté d’expression et de la vraie démocratie, le tirage au sort, les abus de langage, le problème monétaire, la dette ou encore la politique d’Hugo Chavez au Venezuela. Un des entretiens les plus passionnants que j’ai eu à réaliser, le tout sur fond de musique classique. Un immense merci pour son accueil, sa gentillesse et sa disponibilité.

Thèmes abordés : la liberté d’expression, la vraie démocratie, la culture

Thèmes abordés : les abus de langage et la « novlangue »

Thèmes abordés : le problème du vol monétaire et de la Constitution

Thèmes abordés : la dette, la fin de l’État-providence

Thèmes abordés : Hugo Chavez / La sottise des antifas

Je renvoie les internautes vers les multiples conférences d’Étienne Chouard pour en savoir d’avantage sur le tirage au sort et sur son combat, ou pour participer à l’écriture de la première constitution citoyenne : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/index.php

Je vous propose également de découvrir sa conférence sur le Libre Teamspeak du dimanche 2 octobre, pendant laquelle il a répondu aux questions des auditeurs.

Vous trouverez les deux parties qui suivent sur le site officiel du Libre Teamspeak.

42 Commentaires

  1. vince square dit :

    Bravo pour ces interviews !! Toujours aussi enthousiasmant Etienne Chouard moi ça me fait vibrer. Surtout ses silences : je ne sais pas si c’est voulu mais ils sont (presque) aussi importants que ses mots tant ils sont chargés de sens… Merci beaucoup !!

    • Flamby dit :

      :) J’aime aussi ses silences… :) Excellente remarque !!

    • MENGELLE CLAUDE dit :

      Remarquable……Une analyse de la situation de nos pays dits « riches » claire ,nette et précise. En ce qui me concerne, cela confirme et corrobore tout à fait les idées que je me faisais du fonctionnement de notre Etat. Nous sommes depuis fort longtemps gérés par ce qu’il qualifie « des crapules » et, la situation que nous connaissons aujourd’hui est, effectivement, une situation qui a été provoquée par nos « élites », mais certainement pas le fait du hasard.
      Merci infiniment Monsieur. Espérons que cela va éclairer beaucoup de gens en cette veille d’échéances électorales importantes.

  2. Romain.L dit :

    Même si je n’approuve pas forcément Etienne Chouard sur la réelle possibilité d’auto détermination des peuples au niveau concret, du tirage au sort et son culte de la démocratie, il n’en reste pas moins que son analyse sur les mécanismes monétaires, la dette, l’arnaque du contrôle de l’inflation est à diffuser absolument. Un personnage éminemment sympathique et pédagogue !

    • Guillaume B dit :

      Bonjour Romain, je suis « partisan » du tirage au sort, de la démocratie et de l’autodétermination présentés par EC; quels en sont les points négatifs selon vous?
      Merci.

  3. hébé dit :

    même question que Guillaume: que Romain argumente son opposition au tirage au sort.
    En tous cas, merci à Étienne pour son investissement, sa pédagogie et sa modestie.

  4. Romain.L dit :

    Pour moi le problème principal, qu’il aborde d’ailleurs est la mise en place d’un tel système sur une grande échelle et les modes de désignation pour établir une constitution. J’avoue de plus ne pas être un partisan de Rousseau et croire de moins en moins dans l’idéologie du progrès et de la démocratie, dans les vertus et changements de l’homme sur la longue durée. Je crois d’avantage à un pouvoir fort qui irait dans le sens des citoyens au niveau global ou alors vers plus de subsidiarité mais à un niveau local seulement. En résumé je ne crois donc pas à cette capacité d’autodétermination en tenant comptes des limites anthropologiques de l’homme prouvées historiquement même si l’idée est plus que belle… De plus l’idée de contamination virale etc me parait tout de même bien naïve compte tenu des forces financières et médiatiques actuelles.

    • Guillaume B dit :

      Nous sommes bien dans le réel de la raison du plus fort et nous avons bel et bien détruit toutes les civilisation en harmonie avec l’environnement et en équilibre démocratique: des amérindiens aux derniers égyptiens de l’Égypte antique, pourtant convertit à la chrétienté. Ce paradigme (renforcé par les religions dogmatiques recyclées en instruments de pouvoir de manipulation des masses) peut être changer. Je vais paraître un illuminé mais, comme en témoigne le dr Susan Boylte Taylor, est d’abord perçu de façon kinesthésique, uniquement dans l’instant présent, comme UN grand mélange d’énergie. Tout ça pour dire que nous sommes bel et bien interdépendant et qu’un changement de paradigme me semble possible. Maintenant le système électoral ne fonctionne pas sur une grande échelle car il n’y a pas la surveillance possible (eg: le député européens), ensuite comme dit Alain « un homme de bien ne désir pas le pouvoir ». Une surveillance et un système de comptes à rendre peut aisément être mis en place dans un système de tirage au sort; le tirage au sort formera un parlement représentatif de la population (un mélange proportionnel de riches et de pauvres) qui, de par leur nombre, auront une ligne de conduite persistante. C’est un système qui a pourtant fait ses preuves. Aujourd’hui pour faire la politique il faut être d’un partit, une fois dans un parti on ne défend plus une idéologie mais un parti (si qq’un pense différemment il est mis à l’écart) : mon parti au pouvoir les autres en prison. Aujourd’hui ce ne sont plus les gouvernements qui règnent mais Goldman Sachs. Notre système économique va s’effondrer et n’épargner que les plus riches. C

    • Misha el dit :

      Romain,
      « En résumé je ne crois donc pas à cette capacité d’autodétermination en tenant comptes des limites anthropologiques de l’homme prouvées historiquement »

      si tu crois que l’homme n’est pas assez « mûr » pour s’autodéterminer, pour se gouverner lui même par la démocratie directe, qu’est ce qui te fait croire qu’il soit assez « mûr » pour être bien gouverné, ou pour bien gouverner les autres ; autrement dit, quels seraient, sans avoir à faire intervenir un arbitre « extérieur » quels seraient tes critères pour désigner des sages capables de gouverner avec justice ; ou faut il encore des écoles spécialisées dans la formation d’une « caste » de maîtres ?

      Je crois plutôt que la raison veuille que l’on soit mutuellement pédagogues, et que c’est la mise en œuvre d’un des aspects du principe républicain de fraternité !

    • philippe k dit :

      @Romain
      Les problèmes de mise en place d’un tel changement, des modes de désignation de l’assemblée constituante, de l’échelle d’application, sont des détails techniques qui sont assez secondaires, et somme toute assez insignifiants à l’heure actuelle, où les hommes s’avèrent capables de prouesses technologiques et d’une imaginativité juridique et institutionnelle qui dépassent de très loin tout ce qui a pu exister dans l’histoire de l’humanité. Certains ont longtemps dit que l’idée d’une Europe politiquement unifiée était impossible, juridiquement trop complexe, que cette échelle d’application était trop vaste, impliquerait de trop complexes modes de désignation, sans compter la simple barrière des langues, etc, etc.
      Eh bien, ils y sont arrivés. Nous sommes embarqués, bon gré mal gré. Le résultat n’est pas démocratique. Mais la construction d’une organisation politique sous forme fédérale ne pose aucun problème insurmontable, ce qui aura tout au moins été empiriquement démontré.
      La seule vraie question est de savoir si l’organisation politique n’est possible qu’avec la privation des libertés, et notamment requiert la captation du pouvoir.
      L’alternative est donc assez simple : qui décide ? Un « pouvoir fort » (donc une tyrannie ou une oligarchie), c’est-à-dire faut-il une concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul ou de quelques-uns, ou faut-il défendre l’intérêt général ? Si c’est une partie du peuple qui doit décider, laquelle ? Une partie « qui irait dans le sens des citoyens » ? Mais quelle partie du corps social (ou parti, ou élu) prétendrait agir à l’encontre des intérêts du reste du corps social ? Ce serait singulièrement maladroit, ou alors inciter à la guerre civile ! Une telle faction n’avouera jamais défendre ses seuls intérêts ! Le Roi lui-même se disait roi de tous ses sujets. Le seigneur féodal prétendait défendre ses vassaux. Et les exemples sont innombrables. Il faudrait que cette faction (cette fraction du peuple porteuse d’intérêts particuliers) soit bien peu stratège ! A-t-on déjà entendu l’UMP se prétendre le parti des riches et des rentiers ? Ses partisans viseront justement à démontrer cela, là où cette critique, inévitablement, leur sera faite (l’exemple pourrait être évidemment reproduit pour tous les autres partis politiques).
      Pour ma part, je crois de moins en moins en « un pouvoir fort qui irait dans le sens des citoyens au niveau global », car un pouvoir fort et concentré est nuisible.
      Je crois que le choix est entre l’auto-détermination et l’aliénation, et que ce choix vaut à n’importe quel niveau d’organisation géopolitique (local ou global, peu importe).
      Je ne crois pas en l’existence de « limites anthropologiques de l’homme prouvées historiquement », à moins d’expliquer en quoi les expériences historiques (deux cents ans de démocratie athénienne par exemple) ne viennent pas au contraire prouver la capacité anthropologique des hommes à s’auto-déterminer. L’auto-détermination est plus ou moins importante, elle peut être plus ou moins effective, tout est ensuite question de degrés. Et des sauts qualitatifs sont parfois nécessaires. Mais on ne peut parler d’une incapacité radicale de l’homme à s’auto-déterminer, c’est une croyance fantaisiste et totalement abstraite !
      Le degré d’aliénation ou les faiblesses de tout système obligent à opérer des distinctions, car il s’agit parfois de différences colossales (à mon sens), par exemple (et en vrac) entre une dictature et la démocratie athénienne, entre la théocratie et la féodalité, entre le nazisme et un régime parlementaire, entre la monarchie et le régime soviétique, entre tous ces régimes, comparés les uns avec les autres, ainsi qu’avec tous les régimes que l’on peut imaginer ou attester historiquement.
      Au-delà des différences historiques, la forme même de ces régimes et de leurs principes d’organisation changent beaucoup de choses, la privation de liberté et d’auto-détermination n’est pas la même (il faut n’avoir pas connu ni vu ce que peuvent être d’autres régimes pour croire que tout se vaut). Il y a donc des progrès possibles et démontrés, même s’il y a eu souvent du renoncement et de la captation, des voleurs de pouvoir et des régressions, des pièges ou des impasses, des détournements de pouvoir et des obstacles.
      Il faut être idéaliste pour croire qu’un « pouvoir fort » pourrait entraîner autre chose que la dictature d’une minorité au détriment du plus grand nombre (le pouvoir parvient à corrompre les hommes vertueux !). En fait, ce mélange d’idéalisme et de fatalisme repose sur des mythes. En particulier, il y a une certaine illusion météorologique à l’oeuvre quand on parle de « forces financières » (ou du « monde de la finance »), comme s’il s’agissait d’une puissance obscure et mystérieuse (à côté du dieu de la pluie et du dieu du tonnerre), alors qu’il s’agit d’une partie réelle de nos sociétés, avec des individus bien réels, des biens matériels, des capitaux, des actions et des opérations quotidiennes de spéculation (décidées ou programmées, peu importe), et dont les conséquences sociales sont réelles.
      Ce ne sont pas des « forces », mais une fraction de la société, dont la main-mise sur nos institutions est de plus en plus flagrante. Le problème n’est pas seulement d’augmenter la part de démocratie et de libertés publiques (par une pincée de référendum d’initiative populaire ici ou là), mais d’inverser l’aliénation politique qui n’a cessé de croître et de s’accélérer depuis deux siècles. Certains croient qu’il faudra pour aboutir à un quelconque changement une réponse violente aux violences qui nous sont faites (une révolution par les armes ?), ou encore que la constitution n’est qu’un détail juridique (l’important étant alors pour eux de savoir QUI va prendre le pouvoir dans cette histoire…).
      Or, ces réponses sont inadaptées à l’urgence de la situation et à l’aspiration diffuse (mais assez manifeste) à un processus de démocratisation de nos sociétés.
      Je ne crois pas que la démocratie (= directe) soit une question de « capacité » à l’auto-détermination, mais une réponse urgente à l’aliénation politique. Croire que celle-ci est déterminée à être « historiquement » dépassée (par exemple par l’avènement du communisme), c’est oublier un peu vite l’histoire de la deuxième guerre mondiale. En quoi était-il historiquement nécessaire que le nazisme soit vaincu ? Quelles raisons économiques ou historiques (c’est-à-dire d’autres raisons que des raisons d’abord militaires) ont conduit à la chute du nazisme ?
      Cette défaite a modifié le cours de l’histoire pour des millions de gens, pour qui le régime parlementaire a objectivement constitué un mieux par rapport aux institutions nazies. Mais un mieux n’est pas la panacée. Nous sommes sur la pente qui risque de nous ramener à la plus grande aliénation de l’homme par l’homme, et rien ne garantit que celle-ci ne pourrait être même pire que ne le fut le nazisme… Il faut être particulièrement idéaliste pour croire que d’un mal équivalent ou d’un plus grand mal encore pourrait sortir un plus grand bien, et qu’il ne reste qu’à attendre le moment de la riposte, dont la violence ne pourra être alors que proportionnelle aux humiliations subies.
      Doit-on attendre des guerres ? Une guerre mondiale ? Est-ce là l’alternative ? L’espoir enfantin d’un joli happy end ? Ou bien choisir de lutter pour reconquérir la démocratie ? Cette reconquête implique de trouver les moyens constitutionnels qui permettront de ne pas se faire voler le pouvoir par des oligarches, ces braves opportunistes qui trouveront toujours moyen de légitimer la captation des pouvoirs au nom d’un quelconque idéal, culte ou parti, d’une quelconque idéologie ou croyance en un monde surnaturel, ou dans une race, dans une classe, dans l’Histoire ou dans Dieu. Les partis politiques ont causé les plus grands dommages à l’humanité au 20ème siècle : les partis politiques qui s’y sont succédés n’ont pas montré leur compétence, et encore moins prouvé qu’ils étaient plus sages, plus modérés, plus vertueux, plus éclairés, mieux éduqués, mieux formés, que la grande majorité de leurs contemporains.
      Le déséquilibre entre l’accomplissement de l’intérêt général et la masse de pouvoirs transférés aux élus, aux élites, et autres eurocrates, est tellement important que leur illégitimité devient visible : ni leurs programmes ni leurs compétences ne justifient la quantité de pouvoir qui leur a été accordée étant donné les résultats catastrophiques auxquelles ils nous conduisent.
      Il faut donc réformer nos institutions politiques, et refuser cet optimisme béat qui consiste à attendre le grand « soir » : il faut de proche en proche communiquer l’objectif d’une telle démocratisation, patiemment et pragmatiquement. Il me semble alors utile et salutaire de rejeter ce fatalisme morbide qui revient à espérer une conflagration rédemptrice, s’en remettant ainsi à quelque heureux hasard ou loi mystique ou historique.

  5. Jc dit :

    Merci pour ces interviews, comme toujours passionnantes !
    @Romain : je pense tu te trompes en pensant que la démocratie réelle serait rousseauiste. A mon avis c’est tout le contraire. C’est à dire que c’est précisément parce que l’homme n’est pas forcément « bon » et que l’obtention du pouvoir crée (le plus souvent) une volonté de le garder, qu’il faut que TOUT LE MONDE soit impliqué et que la politique NE DOIT PAS être professionnalisée. C’est le seul moyen d’empêcher les abus et d’obtenir un véritable équilibre des forces sociales, à mon avis.
    Tu as raison sur l’autodétermination, dans le cadre de nos sociétés actuelles. Mais il est évident qu’une démocratie comme la propose EC n’est envisageable qu’en ayant une éducation démocratique très poussée, et non limitée à l’enfance / adolescence.
    A mon sens, le projet démocratique tel qu’envisagé ici est une idée à très long terme, et il me parait peu probable que nous voyions telle chose se produire de notre vivant. Néanmoins nous pouvons continuer à faire vivre cette idée, à la transmettre, l’affiner, la préparer…
    Je suis toujours surpris et déçu de constater qu’il existe peu de réelles réflexions sur les formes de sociétés envisageables, du moins dans la culture « mainstream ». C’est un tort que nous avons de considérer que les choses se feront d’elles mêmes, ou que l’objectif est trop lointain pour s’y atteler sérieusement.

    • philippe k dit :

      @Jc : je crois que tu reproduis une idée reçue sur la pensée de Rousseau, lequel n’a jamais défendu le mythe du « bon sauvage » qu’on lui attribue à tort et à seule fin de ridiculiser sa philosophie. Je t’invite à lire ses textes, souvent lucides et très loin d’être naïfs.
      Pour Rousseau, l’homme n’est ni bon ni mauvais à l’état de nature, il est « moralement indifférent » (c’est un animal comme un autre). Il est à peu près aussi « bon » ou « méchant » que peut l’être un ver-de-terre ou une amibe.
      C’est l’état social qui crée la possibilité du pire ou du meilleur. En cela, Rousseau est profondément hostile à la croyance que le pouvoir rendrait l’homme bon, ou que l’homme aurait besoin de se choisir un maître parce qu’il serait naturellement porté à nuire à ses congénères (sa critique est le Léviathan de Hobbes, c’est-à-dire notre système actuel de soumission volontaire).
      L’homme n’est pas naturellement bon, par contre il est naturellement libre. Pourtant, Rousseau fait ce constat (devenu célèbre) que « l’homme est né libre, et partout il est dans les fers ». Or, cette liberté signifie que l’homme est perfectible, capable d’un mieux (ou du pire), faute de pouvoir être parfait. Perfectible n’est donc pas « parfait » (car nul homme jamais ne sera parfait).
      D’où l’importance d’instaurer l’égalité politique réelle, l’éducation des citoyens (la maturité du peuple), la démocratie (= directe), et des contre-pouvoirs, toutes idées qu’il défend (notamment dans le Contrat social).

      Il est vrai que les notions que Rousseau emploie sont délicates ou ambiguës (le Souverain par exemple n’est pas un individu, mais le corps social dans son entier lorsqu’il est considéré en tant qu’instance de décision). De plus, ses écrits sont parfois un peu opaques ou parcourus de contradictions liées à l’époque de son élaboration (et aux menaces auxquelles il s’exposait par l’expression d’idées aussi révolutionnaires).
      Il n’en reste pas moins que Rousseau aurait été effondré de se voir récupéré comme il l’a été pendant la révolution française (et surtout au-delà) au profit du système de « gouvernance représentative »… D’après moi, il percevait les dangers d’un tel ersatz de démocratie, et c’est pourquoi il a été critiqué comme beaucoup trop idéaliste (le bas peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui, c’est bien connu !).

      sur les limites de la représentation :
      « Je dis donc que la souveraineté, n’étant que l’exercice de la volonté générale, ne peut jamais s’aliéner, et que le souverain, qui n’est qu’un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même ; le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté. » (Rousseau, Du Contrat social, Livre II, Chapitre 1)

      Parce que cela fait écho aux réflexions développées par E. Chouard, je me permets d’ajouter cet autre extrait de Rousseau, qui est une attaque en règle contre les partis politiques et autres lobbys (« brigues »), lesquels défendent les intérêts privés de certains groupes et cherchent à fausser le processus de délibération en s’accaparant le pouvoir (corruption des élus & médias) :

      « Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n’avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l’État : on peut dire alors qu’il n’y a plus autant de votants que d’hommes, mais seulement autant que d’associations. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin quand une de ces associations est si grande qu’elle l’emporte sur toutes les autres, vous n’avez plus pour résultat une somme de petites différences, mais une différence unique ; alors il n’y a plus de volonté générale, et l’avis qui l’emporte n’est qu’un avis particulier. Il importe donc, pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale, qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État, et que chaque citoyen n’opine que d’après lui » (Livre II)

      Je pense donc que la démocratie réelle serait « rousseauiste », ou plutôt que la démocratie réelle qui pourrait exister au XXIème siècle et qu’il reste à inventer (et à mettre en oeuvre), ferait se retourner dans leurs tombes bien des penseurs politiques… mais certainement pas Rousseau !

  6. Flamby dit :

    Merci !! Merci Monsieur Chouard et merci Sylvain !!
    Comme je l’espérais, ces vidéos sont extrêmement intéressantes ! Les questions sont à propos et les réponses donnent à réfléchir, mêlant espoir et parfois désespoir… Je ne reviens pas sur le contenu car tout ou presque est en accord avec mes pensées et mes convictions. Même si comme vous le dites, en côtoyant mes concitoyens, je suis de moins en moins sûr que les hommes décideront un jour de leur liberté et de leur indépendance… De plus, c’est carrément pas facile de passer le message de la démocratie, du tirage au sort, d’être viral et d’essayer de convaincre… Les gens sont assez réfractaires, soit s’en foutent soit te prennent pour un dingue ! Mais la fatalité ne fait pas partie de mon vocabulaire…
    Ce que je trouve magique dans tout ça, c’est autant de vérité d’un seul coup !! Dans cette société où le mensonge est partout, mais vraiment partout, dans nos journaux, à la télé, à la radio, au boulot, dans la rue et sur le net aussi, de sentir autant de franchise et d’humilité, personnellement, ça me fait tout chose… Je suis presque sous hypnose :)) Les mots qu’il utilise sont d’une puissance simple et évidente. Je trouve extraordinaire que des hommes comme lui existent encore de nos jours et osent prendre la parole !! Analyser son environnement comme il le fait, suscite un espoir profond et puissant pour la race humaine, du moins pour moi… Dommage que les gens comme lui soient si rares… Cet homme est un exemple !! Continuez Monsieur Chouard, vous m’avez éveillé et réveillé !! Et continue Sylvain, ce genre de vidéos est utile pour tous, voire vital !!
    Bravo et encore merci !

  7. dcal dit :

    C’est la première fois que j’entends E.Chouard parler du président Chavez.
    M.Chouard a t-il une idée concernant l’acharnement anti-Chavez venant d’une certaine gauche qui serait plutôt sensé le défendre?
    De même pour les antifas et cet acharnement à proteger le Système.
    M. Chouard, pensez vous qu’il puisse y avoir un rapport entre ces attaques et la constance de M. Chavez à dire ses 4 vérités à propos d’Israel?

  8. Anthony dit :

    Excellente interview, rythmée et complète. EC y apparait très apaisé, sûr de sa réflexion et en est d’autant plus convaincant, alors qu’il est parfois un peu excité dans d’autres vidéos.
    Bravo pour la diversité des sujets abordés, j’ai particulièrement apprécié le long passage sur Chavez.

    Bref, à faire circuler, c’est très bon !

    • Florence dit :

      @ Anthony.
      Etienne Chouard est calme et semble de plus en plus sûr de son propos, je le trouve aussi, et il le dit ou l’écrit lui-même, je crois.
      L’excitation que tu soulignes, et qui irait peut-être en disparaissant, me faisait jusqu’ici tout aussi vibrer (@ vince), comme l’expression d’un corps pensant, ou d’une pensée bien en corps, tout entier.
      La qualité de l’interviewer y est aussi en jeu !
      Les deux expressions d’Etienne Chouard me sont chères, comme ce que nous avons à libérer pour le transmettre, d’une manière ou d’une autre, avec en vue le seuil de la violence et de l’agressivité pour l’autre toujours possible.
      Je réflechis parallèlement à tout le travail d’Etienne sur la vraie démocratie, sur notre capacité à vraiment communiquer afin de coopérer tout en restant nous-mêmes. Il existe la piste de la Communication non violente ou CNV (Rosenberg) mais aussi certaines pédagogies (enfantines).
      Il m’apparaît que cette dimension subjective ou personnelle doit accompagner la mise en place d’une démocratie véritable alors que nous sommes peu efficaces pour ne pas dire pas bons du tout en ce domaine, et très habituellement…
      Comment communiquons-nous, chaque jour ?
      N’y a-t-il pas des rapports de force permanents, des abus, une difficulté d’écoute profonde (et d’expression propre) ?
      Nos parents (Alice Miller magnifique, pour moi), l’école, partout, on ne nous y aide pas, au contraire !
      Un beau chantier aussi.
      Si ce n’était pas dans une situation globale et pour beaucoup de nous aussi effrayante et difficile…
      J’ai beaucoup apprécié cette interview.

  9. patria nostra dit :

    Je ne connaissais pas ce monsieur , je trouve son discours trés réaliste ce sont bien les riches qui élisent les dictatures fascistes , l’ UMPS se sont bien eux les vrais fachos ils sont bien pour le système totalitaire Européen que nous avions rejeté par référendum et ils nous ont imposé le triaté de Lisbonne , le nouvel ordre mondial c’est bien un système politique unique fasciste que les riches veulent nous imposer alors que depuis toujour on accuse le peuple d’être fachos et que ça serait le populisme qui met au pouvoir des dictatures fascistes !!!

  10. julien dit :

    Super ! surtout le passage sur la novlangue qui me semble utlra important, que les gens comprennent l’abus du sens des mots, ceux vidé de leur signification.

    Par contre c ‘est dommage de ne pas permettre l’intégration de ces videos dans d’autres sites, on ne peut meme pas les voir sur dailymotion, un bon conseil, si tu veux que tes videos se répendent et que tu souhaites informer les gens, rend tout accessible, tu gagnera bien plus de visiteurs que si tu verouilles tout.

    Cela n’empechera pas quelqu’un de telecharger la video et de la remettre sur youtube, dailymotion ou ailleurs, donc autant que ce soit toi, tu devrais te faire un compte youtube et tout mettre en doublon, mettre un lien vers ton site dans la description des videos, c ‘est dommage de se priver de l’immense traffic de youtube et de dailymotion.

    PAr exemple j’ai un compte sur youtube et cela me permet de m’abonner a des chaines d’utilisateur youtube, des qu’une video est publié, elle apparait sur ma page d’acceuil youtube, je peux pas la louper.

    S’il te plaisait de suivre ces quelques conseils, je t’assure que tu fideliserais tes visiteurs car ton contenu est de qualité, et multiplierai ton traffic.

    Personnellement je viens de decouvrir ton site grace au site d’E&R

    a bientot et merci !

    • Sylvain dit :

      Merci pour ces compliments et conseils Julien. Je crois que devant l’énorme demande des internautes je vais faire une exception et laisser libre cours à ces vidéos sur internet. Je n’étais pas préparé à tant de retour, je vais me plier aux envies des gens ! Preuve en tout cas que le discours de Chouard intéresse au plus haut point et passionne les français.

  11. Florence dit :

    « Nous sommes capables, nous tous, de prendre les bonnes décisions pour nous-mêmes… » nous dit Etienne Chouard.

    Je suis la mère d’un jeune enfant, d’où les références précédentes de Communication NonViolente, d’Alice Miller, ou encore d’Olivier Maurel, ou d’Isabelle Filliozat.
    Outre l’importance de la communication et le fait de s’entendre réciproquement, mutuellement, tout l’apport de ces pensées souvent ancrées dans l’étude de l’enfance, est d’affirmer que l’expression de soi, la connaissance de ses propres émotions est essentielle à la bonne communication, et débouche pour finir au choix avisé de ce qui nous convient.

    Et même un enfant peut savoir ce qui lui convient.
    Un nourrisson sait d’origine ce qu’il lui convient !
    L’éducation telle que nous la pratiquons encore classiquement en Occident pourrait consister à nous faire rejeter ce savoir, fondé sur l’expression de nos émotions, avec leur refoulement, et par une forme de coercition, passant parfois par la violence physique, encore INCROYABLEMENT tolérée – voir les lois françaises. Alice Miller parle de « pédagogie noire ».
    Je n’aborderai pas la violence morale, tant…

    Je ne sais si je suis claire. Mais je comprends, ce jour, un lien entre ce qui m’intéresse en tant que mère chez certains auteurs, et l’apôtre de la démocratie, la vraie, qu’est Etienne Chouard, si confiant en nous, finalement.
    Question de nombre en jeu : de l’individuel au collectif. Et d’âge.

    La libre expression et la profitable mise en scène des conflits défendue par Etienne n’avoisineraient-elles pas les jeux de rôles de la CNV, et confirmerait la nécessité de passer par une étape fondamentale, une confrontation à tous les émois et sentiments, à toutes les réactions (leur confusion, leur violence reflétant la force de leur impact), que tout objet d’intérêt suscite en nous ?

    Nota : et il ne s’agit pas de confondre toute-puissance de l’enfant-roi si vite décrié, dont tous les affects et demandes seraient flattés et comblés, et connaissance ou vécu des émotions.
    L’éducation est peut-être de faire avec les émotions de l’enfant et de plus en plus, lui grandissant, avec son esprit, son intellect, dans le développement des échanges, d’une communication constructive, de décisions adéquates et acceptées par chacun…
    Le fait d’être parent a ceci de formidable que les émotions de son enfant nous ramène à nos propres émotions, parfois avec une vigueur étonnante, avec l’opportunité de pouvoir les regarder en face, les accepter et faire avec, en plénitude.
    L’expression de l’autre, aussi intellectuelle soit-elle, nous touche, anime notre être, et nous ébranle.
    Savons-nous bien le vivre et y réagir ?

    Et puis, d’avoir été une lectrice « acharnée » d’Annie Le Brun, je ne peux qu’admettre à sa suite qu’il n’y ait « pensée sans corps ».

    Les Grecs n’avaient-ils pas en ce domaine également compris beaucoup ?
    Ah mais Aristote est passé ! et la nature a dû s’éloigner.
    Un peu – beaucoup d’humanité s’y est sans doute perdue.

  12. Freddy dit :

    Sa strategie virale pour répandre les idées est celle qui effectivement a le plus d’avenir.
    Se poser enfin la question d’une vraie démocratie a partir d’un tirage au sort , j’ai commencé a en parler a 2 ou 3 personnes que j’ai renvoyé vers les conferences tres pédagogique d’E Cnouard sur le Net .

    J’ai trouvé les réactions immédiates face a cette proposition de tirage au sort tres encourageantes car interessées, interpellées…!

  13. Herbert dit :

    Moi je suis pret à voter pour vous M.Chouard LoL !!!!

  14. Daneel Olivaw dit :

    Bonjour !
    Je pense que ce dossier devrait vous intéresser :
    POUR UNE ÉCONOMIE… AU SERVICE DE L’HUMANITÉ !
    http://2013-continuum.blogspot.com/2011/09/economie-au-service-de-lhumanite.html

    Meilleures pensées…

  15. Florence dit :

    J’ai trouvé cela grâce à ton site, Daneel :
    http://www.sylviesimonrevelations.com/article-du-paradigme-de-l-education-84848994.html
    Je reste sur mon objet quasi-unique de commentaires, mais…

  16. Bros Stephane dit :

    Merci a etienne Chouard pour ses propos tres eclairé ce systeme du tirage au sort et de la democratie directe est la seul forme que devrais avoir le pouvoir pour et par le peuple . Continons de gardé notre conviction et notre foix en un système juste car le moment venu nous serons pret.

  17. Moulin Julia dit :

    Combien d’ « équivalents-chouard » seraient tirés au sort pour écrire une contitution « légitime » ?

    Ah, méfions nous de cette fameuse « légitimité » : quand on a sur son compteur plus de 2000000 de clics, on risque d’en extraire une « légitimité vendable » au moins pour obtenir des ressources publicitaires…

    Donc il faut que les rédacteurs de la fameuse contitution soient le plus « illégitimes » possible : on n’a qu’à confier ce travail forcé aux détenus des prisons: si leur oeuvre est ensuite adoptée par référendum, on peut alors leur rendre leur liberté …
    oui je suis cinglée, mais il se peut que je fasse partie des 25 irlandais tirés au sort pour écrire leur constitution, alors, il serait bon de réfléchir à un controle parlementaire, au risque de faire un retour vers la barbarie dénoncée !

  18. Zakour Ahmed dit :

    ? »Une constitution écrite par des gens intègre, une assemblé constituante créée grâce au tirage au hasard dans la population et non élue dans une liste de parti politique qui ont trop d’intérêt personnel à défendre… » Je suis pour, je vais aller convaincre mes 3 personnes par semaine que c’est aussi bon pour elle et elle propageront cette idée à d’autre pour que >démocratie< signifie vraiment démocratie!!!

  19. Florence dit :

    Je crois comprendre que tu parles, Julia, de votes électroniques. Etienne Chouard m’a fermement convaincue (par audition interposée de ses vidéos, ou par ses textes en ligne !) de la malhonnêteté en puissance de ce type de vote.
    Le cas se présente d’ailleurs actuellement pour un vote au sein des professeurs.
    http://eco.rue89.com/2011/10/05/education-nationale-le-vote-electronique-rime-avec-panique-224808

    Ne te sens-tu pas capable de réfléchir à ta constitution ?
    Il existe un corpus qui nous précède et qui peut être la matière première de la réflexion à mener maintenant, sans parler de tout le débroussaillage actuel.

    De mon côté, je pense que la simplicité doit l’emporter dans les textes, même si chaque situation réelle va questionner les énoncés à la suite, et systématiquement.

    De mon expérience en droit de l’urbanisme (du côté du concepteur), l’inventivité peut naître de l’application de textes simples.
    A condition que les interprétations ne soient pas entre les seules mains des pouvoirs en place, avec quasiment aucun contrôle possible sur leurs choix, comme j’ai pu le constater, en situation très défavorable (client s’étant opposé un maire en place depuis très longtemps, aucun contre-pouvoir réel dans la municipalité).
    J’ai d’ailleurs à ce propos des nuances très larges à apporter à la confiance d’Etienne sur les maires. D’aucun peuvent trouver leur pouvoir assez tyrannique (Franck Lepage en fait comédie dans Incultures 1, entre autres critiques)…

    Le contrôle fait partie prenante de tout le discours d’Etienne, enfin. Non aux abus de pouvoir, oui aux comptes à rendre, aux contrôles des pouvoirs. C’est même le ressort premier de la Constitution, à ses yeux.

  20. In der Tat ein guter Beitrag. Ich werde etienne.chouard.free.fr mal mehr lesen ;-)

  21. Un indigné dit :

    Etienne Chouard est pertinent et convaincant. Il est urgent de pouvoir battre à nouveau monnaie afin de sortir de cette nasse financière qui notre société au pire. Cependant le chemin pour accéder à une démocratie réelle semble difficile d’accès. Par intuition, plus que par analyse, il me semble que au bout du bout la violence l’emportera sur le dialogue. Merci Etienne pour ces idées porteuses d’espoir.

  22. Georges Besson dit :

    Bonjour, Comment faire pour visionner les vidéos plus que 30 secondes ?
    Faut-il payer ?
    Expliquez-moi, merci.

    Georges Besson

  23. georges dit :

    Tous les liens vidéos montrent un écran noir.que se passe t-il ? une censure d’Etat ?

  24. Pascal Pierre dit :

    Bravo Etienne ! Tu as raison du début a la fin mais y a pas meilleur pédagogue que toi pour l expliquer aussi bien et calmement.
    Dans la lignée de ce que tu racontes sur l état providence et la dette, je te conseille de jeter un œil sur l url que j ai indiqué et que je répète ci contre ==> http://www.no-transat.be/ Ton opinion se renforcera …

    Meilleurs vœux pour 2012

  25. dussort xavier dit :

    Je ne connaissais pas EC et je dois dire que son propos est très intéressant. Le principe du tirage au sort tel que pratiqué dans l’Athènes du Vème siècle me semble cependant difficile à réaliser à l’échelle de nos Etats modernes et d’une population se comptant par millions. Si l’idée est séduisante, la mise en pratique l’est beaucoup moins. Et comme il le dit très justement, les opposants à la (vraie) démocratie sont nombreux. L’un des problèmes majeurs demeurant l’institution scolaire qui est là pour dispenser des vérités de plus en plus manichéennes et sûrement pour éduquer la jeunesse à développer leur esprit critique. Notre système repose sur une propagande permanente, relayée par les médias qui empêche tout bonnement d’accéder à une information basique et fiable. Mais dire cela c’est être partisan de la théoerie du complot et donc un paranoïaque dangereux, quelque peu illuminé, voire sectaire.

  26. Célia dit :

    Très intéressant.

    Le tirage au sort a été pratiqué récemment par les verts : http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/11/des-candidats-par-tirage-au-sort-pour-rapprocher-les-politiques-des-citoyens_1627965_1471069.html

    Et comme il est dit ici, les chefs du parti n’étaient pas très pour…

  27. Une amie Franco-Vénézuelienne, quand je lui ai indiqué ce site et la vidéo sur Chavez, m’a suggéré que Etienne Chouard s’y déplace.
    Surtout dès qu’il a parlé des référendums, Chavez s’est d’après elle outrageusement servi de cette « arme démocratique » pour asseoir une soi-disante légitimité démocratique, alors que la manière dont ont été menées ces RV a été extrêmement critiquable. Elles s’agace des intellos de gauche français, dont EC ferait parti, qui pensent mieux connaître la société vénézuélienne que les vénézuéliens, alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds et ne s’y sont jamais intéressés, sauf pour vérifier leurs théories gauchistes avec la révolution bolivarienne. Elle me dit se sentir fatiguée d’entendre toujours les même versions, se sentir « colonisée » et je passe les mots crus pour la fin de la phrase.
    Pour la petite histoire, toute sa famille a voté Chavez en 1998. Sa mère a suite à la perte de son mari été expropriée de son logement pour un plus petit… la cité qu’elle habitait ayant été réquisitionnée par le même Chavez…
    C’est peut-être ça aussi le laboratoire de la démocratie…

    • philippe k dit :

      Je ne crois pas qu’une assemblée constituante formée par des élus d’un parti politique soit ce qu’on pourrait appeler « le laboratoire de la démocratie »… de même que Chavez n’a pas été tiré au sort, sauf erreur de ma part ! Par conséquent, toute apologie du système vénézuélien serait une erreur.
      Dans cette vidéo, E. Chouard fait d’ailleurs état de son scepticisme et rappelle que le pouvoir tend à corrompre, et que ce principe s’appliquera aussi à Chavez, dès lors qu’il y a captation et corruption du pouvoir par des partis politiques.

      Quant à s’agacer des « intellos de gauche français », « théories gauchistes » (et autres « mots crus » du même tonneau), je crois que cela dénote d’une confusion fondamentale entre partis politiques (ou courants idéologiques), décisions politiques concrètes, et forme constitutionnelle du régime politique.

      L’expropriation n’a rien à voir avec la démocratie directe, et ce serait particulièrement bizarre de voir dans la démocratie athénienne la prise de pouvoir de dangereux communistes (outre l’anachronisme) !
      La même remarque s’appliquerait aussi à la Suisse, qui est probablement (sur certains points) un pays plus démocratique que la plupart des autres pays du monde (et un régime anti-présidentiel). Diriez-vous également que les Suisses sont de dangereux bolcheviques ou bolivariens, composés d’un ramassis d' »intellos de gauche » ? De qui se moque-t-on ?

      En démocratie directe, une France de locataires (où de grands groupes financiers par exemple posséderaient l’ensemble des biens immobiliers du pays) serait probablement tentée de prononcer des mesures d’expropriation (ou de plafonnement des loyers).
      A l’inverse, une France composée majoritairement de propriétaires fonciers pourrait être tentée par des mesures d’expulsion (ou de favoriser l’accession à la propriété pour éviter toute explosion sociale et phénomène de caste). Mais dans l’un et l’autre cas, c’est le peuple seul qui déciderait, et non des intérêts particuliers. Ces mesures seraient équilibrées grâce au processus démocratique lui-même. Les décisions seraient imparfaites mais réversibles. Les décisions pourraient être inappropriées, mais elles ne seraient pas biaisées par les intérêts particuliers.

      Autrement dit, le peuple jugerait librement, en son âme et conscience, et n’aurait aucun intérêt à se faire violence à lui-même à long terme (le court terme est bon pour les banquiers, non pour des parents ou grand-parents). Le peuple n’aurait aucun intérêt à se faire violence à lui-même à long terme : « intérêt » au sens strict, car l’intérêt se mesure sur l’impact de nos décisions et le gain dont on peut en attendre, et de mauvaises décisions se révéleraient à terme contraires à l’intérêt général… et qui paierait les pots cassés sinon nous-mêmes ?

      Le peuple est seul à pouvoir être juge, sans être juge et partie, car le peuple n’est jamais une partie. Seuls ceux qui se croient supérieurs au peuple peuvent croire que le peuple n’est qu’une partie de lui-même (c’est-à-dire que le peuple serait dans l’ignorance de ce qui lui est bon pour lui). Or, il faut un sacré toupet pour se croire supérieur à la somme de toutes les intelligences individuelles de l’ensemble de la société. Et il faut aussi ne pas avoir peur du paradoxe, car l’ensemble de ces intelligences comprend nécessairement la sienne propre ! Cela revient ainsi à croire que l’élu-élite (le suzerain, le clergé, le roi, le dictateur, l’idéologue, l’oligarque, le financier, etc) est plus apte et politiquement plus compétent que l’appréciation collective du bien commun…

      En termes de « QI politique » (ce qui pourrait correspondre à la conscience et maturité politique, si elle pouvait se mesurer !), 120 est peut-être supérieur à 80, mais 200 est supérieur à 120 (et supérieur à 80). Et les ordres de grandeur sont tels (un élu ou gouvernant pour combien de citoyens ?) qu’il y a fort à douter que l’intérêt général gagne à être confié à une poignée d’hommes dont le « QI politique » ne pourra jamais être supérieur à l’intelligence collective d’une assemblée démocratique, d’autant que ce QI politique qu’on prête volontiers aux élus se trouve en réalité directement diminué par les intérêts particuliers dont peuvent difficilement s’abstraire la partie de la société qui capte ou reçoit le pouvoir en héritage.

      En réalité, dans une démocratie directe, des mesures radicales (expulsion ou expropriation) seraient nécessairement examinées avec intelligence (et les solutions extrêmes seraient modérées par les débats et la réflexion collective), et cette délibération (éclairée par la possibilité de débats) permettrait de véritables adaptations des décisions politiques à la situation réelle du corps social, et non sa soumission à des intérêts particuliers, par définition contraires à l’intérêt général.

      L’essentiel est que l’individu particulier (vous ou moi) est incapable de préjuger des lois concrètes qui seraient votées sous un régime de démocratie (= directe). Car nous sommes des individus particuliers, isolés, incapables de savoir in abstracto quel peut être l’intérêt général, et d’en juger indépendamment de nos intérêts particuliers. C’est inévitable : seul un débat et le vote d’une assemblée citoyenne (et non un sondage ou un micro-trottoir d’une amie Franco-Vénézuelienne) permet de donner forme et sens à l’intérêt général. Toute autre appréciation ou mode de décision correspond à des intérêts et des points de vue particuliers, individualistes, qui sont à l’heure actuelle les intérêts financiers.

      Pour ma part, j’ai de plus en plus conscience que mes opinions politiques sont nécessairement limitées parce que liées à mes intérêts particuliers, et qu’il y a donc nécessairement parmi mes opinions politiques des opinions qui sont fausses et erronées… même si je ne saurais évidemment dire lesquelles ! Car si je pouvais savoir lesquelles in abstracto, cela me permettrait de changer ces opinions (et ainsi me convaincre que je peux finir par avoir raison, sans autre argument à avancer que la force de ma conviction intime), et cela reviendrait à nouveau à avoir l’illusion que la raison politique peut coïncider avec la raison individuelle. Or, une opinion individuelle (c’est-à-dire ce que je crois être l’intérêt commun) ne peut jamais coïncider avec la raison politique et il n’y a aucun moyen de justifier a priori cette conformité, si l’on entend par « raison politique » le fait de l’intérêt général qui nous implique tous. Seul le peuple par le fait du débat démocratique a raison dans son appréciation collective de ce qui est bon pour lui et de ce qu’il convient de faire.

      Une opinion politique concerne la collectivité : j’ai donc besoin d’autrui pour me forger des opinions et je n’ai pas d’opinion politique qui n’ait d’abord été une opinion publique. Aucune loi ne me vise en particulier, mais toutes me concernent également. Quelle garantie pourrais-je avoir qu’un individu particulier en jugerait mieux qu’un autre si on lui donne un tel pouvoir sans condition ni contrôle ? Quel critère de choix permettrait d’éviter que les intérêts de certains ne viennent primer l’intérêt de la collectivité, et comment éviter que le pouvoir ne soit capté par une partie de la société ?

      Si l’expropriation (et la réquisition) dont vous faites état dans votre exemple avait été décidée par référendum, qu’auriez-vous à reprocher à une telle décision sur un plan éthique et politique ? Que l’intérêt particulier (de votre amie) ne concorderait pas avec l’intérêt général ?
      Est-ce cela qui vous choque ? Que diable, mais cela s’appelle une loi ! J’ai envie de tuer mon voisin et la loi me l’interdit : dans une telle hypothèse, mon intérêt particulier ne peut pas coïncider avec l’intérêt général. Je ne vois pas où est le problème. Or, l’intérêt général n’est jamais mieux énoncé que par le peuple, car le peuple hésiterait à deux fois avant de m’accorder un tel droit, ou d’accorder à l’une quelconque de ses parties un tel droit à l’encontre d’une autre partie du corps social (et pour mémoire, le seigneur féodal avait droit de vie et de mort sur ses vassaux, de même que l’avait le parti nazi, et ce dernier n’a pas manqué de l’exercer, donc ce ne sont pas des exemples théoriques).

      Plus encore : le destin d’une famille (que deviendront mes arrière-petits-enfants ?) ferait hésiter chaque membre de l’assemblée, qui ne saurait être assuré que ses descendants ne soient un jour frappés par de telles lois iniques ou dangereuses pour la collectivité.
      Les sondages font croire que le peuple pourrait être tenté par la peine de mort. C’est préjuger de l’unanimité des critères qui seraient énoncés par le peuple… Ceux qui n’y sont pas opposés sont opposés entre eux quant à l’extension qui serait faite à un tel pouvoir et à sa mise en oeuvre (qui en est passible ? sur quels critères ? qui en décide ? quelle procédure viendrait en limiter les abus et empêcherait les erreurs judiciaires ?).

      Les partisans de la peine de la mort sont loin de s’entendre sur les détails exacts de cette option (et il est dommage que leurs désaccords nous soient dissimulés par les médias lorsqu’il en est question). Et si ceux-ci ne peuvent s’accorder entre eux (ce qui me semble le cas le plus probable), je crois bien que c’est la prudence et la modération qui s’imposerait à une assemblée démocratique, car le débat montrerait tout du moins les difficultés d’application de ce genre de « droit » (que je prends ici comme un exemple parmi tant d’autres). Ce n’est pas la même chose d’imaginer (ou sonder) ce que le peuple veut ou voudrait (et prétendre le représenter), et lui donner la responsabilité de ses propres choix.
      La démocratie directe n’est pas le lynchage, mais tout au contraire permet d’augmenter l’intelligence politique de nos décisions collectives.
      La « prudence » (la vertu politique par excellence selon Aristote) n’est jamais mieux exercée que par le peuple lorsque le peuple a les moyens de sa maturité politique (c’est-à-dire la liberté de parole et de débat).

      J’aimerais donc vraiment entendre quels arguments vous pourriez ici opposer à cette décision de réquisition si elle avait été formulée par voie référendaire ! Car le pour et le contre auraient été soigneusement pesés dans la loi qui aurait été formulée, là où un parti politique aurait conduit à une position partiale, partielle et partisane dans l’intérêt de groupes particuliers.

      En particulier, les arguments que l’on a pu entendre contre le Non de 2005 et venant justifier la trahison du traité de Lisbonne sont en complète contradiction avec l’idée même de démocratie. Vous parlez de « soi-disante légitimité démocratique » : la construction des institutions européennes est un bien meilleur exemple de cette trahison ! Tout cela revient à dire : si le peuple vote mal, c’est la preuve qu’il ne devrait pas voter, et c’est d’après moi la porte ouverte au fascisme.

      Qui décide que le peuple a mal voté ? Comment pourrait-il « mal » voter ? Qui décide du « bien » et du « mal » dans cette affaire ? Est-ce le point de vue d’un individu ou d’un groupe particulier ? A quelle transcendance souscrivez-vous pour en décider ? A l’autorité de Dieu ? Du destin ? De l’Histoire ? Du travail ? De la Race supérieure ? De l’argent ? De l’expertise ? Quel principe de séparation prétendez-vous incarner pour défendre le bien commun, lequel n’est justement un bien commun que par le dépassement des intérêts particuliers ?

      Qui est meilleur juge que le peuple pour savoir quel est le bien commun ? Quelle partie du peuple peut se prétendre plus mature que sa totalité (au 21ème siècle !), alors que cette dernière la contient également et ne peut que lui être supérieure en tout point d’un point de vue politique et d’appréciation de l’intérêt général ?

      Le débat est probablement infini, mais se ramène toujours à des oppositions fondamentales, entre le désir de vivre en société et le refus de l’altérité.
      Le désir de vivre en société implique d’accepter de s’exposer à la diversité des opinions et d’en tirer les principes fondamentaux du consensus et du contrat social. De l’autre côté, le refus de l’altérité et de la vie en société consiste à dire : je n’accepte la présence de l’autre que si la société est faite dans mon intérêt et à mon image, et si elle me permet de détruire ou de soumettre tout ce qui est contraire à mon idée ou pense différemment de ce qui définit mon individualité et mes intérêts particuliers. La captation du pouvoir accentue ce conflit et oblige à une démocratisation de la société, si l’on veut éviter à terme la destruction du contrat social.

  28. Bruno M dit :

    Géniallissime !

    Je les ai tous regarder, c’est une mine d’informations inestimable.
    Bravo à toi et à Étienne Chouard.

    On pourra dire ce qu’on veut, c’est quelqu’un de bien, et ces idées sont une révélation.

    Nous ne sommes pas citoyens, mais juste dans l’illusion d’un choix. Position dégradante car nous pouvons seulement élire quel maitre dirigera et pensera pour nous.

  29. josette Besombes dit :

    Bonjour et bravo !

    C’est difficile de faire suivre vos interventions sur le net …
    Avez vous une (en Français !) News Letter ?
    Très sincères remeciements et cordiales salutations.
    JJ
    .Besombes

  30. ROUZET NICOLAS dit :

    Bonjour Mr. Chouard,

    Il y aurait tellement à dire (plus qu’une bible je pense) sur le système politique et financier mondial. J’ai visualisé beaucoup de vos vidéos je trouve tous les sujets abordés passionnant et je comprends pourquoi il y a des personnes qui ne croient plus à l’Europe et moi j’irais plus loin en disant que c’est carrément le système mondial qui va s’effondrer tôt ou tard si on ne se sort pas vite de ce cercle vicieux qui est la course du pouvoir et de l’argent (capitalisme américain).
    Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui on est tous liés. Si il y a des Etats forts au niveau de l’Europe qui font faillite ça aura de grave répercussion en Chine, au Etat-Unis et en Angleterre.
    Spéculer à la baisse sur la dette des Etats je trouve cela inhumain mais l’argent rend fou donc ça ne me surprends guère….

    Votre proposition de « tirage au sort » me semble juste et équitable mais j’ai bien peur qu’avec tous les problèmes que les familles actuelles doivent gérer au quotidien ça sera dur de rassembler des millions de personnes dans les rues pour changer notre constitution.
    Cela dis je pense que les idées sont plus fortes que les actes. Avoir de bonnes idées (morales et justes) ne peut que conduire à un monde meilleur.

    En effet, il y a 2 choses à bien dissocier c’est l’idéologie et la technologie.
    Pour moi, l’essentiel c’est avant tout l’idéologie (la pensée humaine collective de préférence) car la technologie n’est que l’outil qui sert à traduire nos pensées.
    Si nos pensées sont mauvaises (ne servent pas dans l’intérêt générale en l’occurrence) les outils qui en découlent rendront l’homme esclave de sa technologie ou du système dans lequel il vit au quotidien. On est en plein de dans aujourd’hui ! La société matérialiste moderne ! En plus ne parlons pas de la délocalisation des entreprises qui accentue les problèmes de chômage.
    Reprenez-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que tout cela est fait exprès pour créer une faillite des états Européens. Quelle connerie cette politique!

    Je vous rejoins parfaitement quand vous dites que la constitution ne doit pas être écrite par des personnes de pouvoir (c’est un abus de pouvoir) mais pour moi le problème central de l’Homme c’est l’égo. Difficile de changer cela même si certaines personnes essaient de s’améliorer sur ce point.

    Je continuerais à vous suivre car je trouve votre travail formidable!

    LE CHANGEMENT C’EST MAINTENANT :-)

Laissez un commentaire

 
www.sylvaindurain.fr