« Malheureusement, DAECH sera au cœur de la crise sacrificielle occidentale »

À l’occasion de la sortie de son livre « Hashtag Hollande 2017 », Sylvain Durain répondait aux questions de G.G et en profitait pour revenir sur l’actualité et le fond de son ouvrage. Entre fiction et réalité.

Tout d’abord, pourquoi ce titre ?

Nous sommes aujourd’hui au-delà du monde virtuel. On peut dire que c’est le monde lui-même qui s’est logé dans la virtualité. Avec ce titre je « twiterrise » la politique et les événements actuels, je les virtualise et les replace là où doivent être : sur l’estrade de la salle de spectacle du théâtre moderne. Lire Debord est obligatoire pour comprendre les temps présents.

« Hashtag Hollande 2017 », vous y croyez vraiment ? C’est une vaste blague non ?

Le sous-titre de mon livre est « comment et pourquoi Hollande sera réélu en 2017 ». Ce n’est pas une croyance, c’est une certitude. Peut-être la seule chose sérieuse dans mon livre. Tout est fait dans ce sens. Hollande, en se détachant de plus en plus des valeurs dites de « gauche » et du PS (d’où l’éviction de Madame Taubira sous couvert de démission courageuse), se rapproche des Français. Face à Marine Le Pen, il pourra mettre en avant des mesures dites d’extrême droite (déchéance de nationalité, retour du service militaire, baisse des charges aux entreprises, fermeture toute relative des frontières, promesses d’un combat contre l’UE pour lui donner des frontières strictes, disparition progressive de la double nationalité, et surtout lutte acharnée contre ce qu’ils nomment le « fondamentalisme musulman terroriste »), et jouera sur la naïveté et la peur du nom « Le Pen ». Tous ces écrans de fumées, ajoutés à l’inexistence de la droite classique par l’éclatement final de la bulle Juppé, permettront à Hollande d’être réélu, mal bien entendu, mais réélu malgré tout. Et c’est bien là son seul objectif. Il sera bien aidé par la prochaine crise financière dont je parle dans mon livre, en se posant cette fois-ci contre les banques, avec une excuse toute trouvée pour justifier la courbe du chômage qui ne baissera pas au-delà de quelques manipulations de modes de calculs.

Cela c’est le fond de votre livre, mais il n’est finalement pas si politique que le titre le laisse entendre. L’ouvrage tient plutôt du comique au millième degré..

Tout à fait. Je ne voulais pas écrire un énième livre de politique-fiction, mais raconter une histoire se déroulant pendant les élections présidentielles de 2017. Forcément la politique y sera omniprésente, les attentats, DAECH… Mais les gens sont gavés de toute ces infamies. Mon but était de mélanger humour noir et rite initiatique. Tout cela constitue la toile de fond de notre intrigue principal : Romain, mon personnage principal, va-t-il survivre à cette période dépressive ?

Avant de revenir sur DAECH, j’aimerais vous entendre sur ce thème de la dépression. Elle semble omniprésente dans votre livre justement..

Comme la série « The Leftovers », j’ai voulu mettre en avant l’état profond de l’inconscient collectif de notre temps. Et c’est celui de la dépression généralisée. L’amour n’a jamais été autant cité qu’aujourd’hui mais jamais aussi compliqué à vivre pour la jeunesse. Comme toujours, plus l’on parle de quelque chose, et moins il existe dans les faits.

Revenons donc à DAECH qui tient une place assez originale et pour le moins étrange dans votre livre..

Permettez-moi un petit détour.

À force de nous avoir fait croire que la violence devait se tenir hors de la société, nous ne savons plus ce qu’elle désigne, ni à quoi elle nous renvoie.

La violence, comme l’a montré René Girard, est au fondement la création de la civilisation. Elle permet de cimenter les clans, autour de rites (souvent sacrificiels), et assure le maintien ou le retour de la cohésion, de la réconciliation, grand mot récupérés par les gouvernants hypocrites actuels.

Cette violence, à but cathartique, s’effectue lors de crise sociale, identitaire ou spirituelle. Ce qui est souvent la même chose. Quand le groupe (pour nous la Nation) se retrouve totalement indifférencié, les hommes sont égaux aux femmes, les jeunes aux vieux, les chefs à Dieu, nous sommes dans ce que l’on appelle « une crise sacrificielle ». Pour se sortir de cette crise, une société traditionnelle chercherait soit une victime émissaire venue de l’extérieur (l’exemple d’Œdipe), soit un membre de sa communauté qui pourra « payer pour les autres ». Le laisser vivre serait continuer l’indifférenciation, le tuer sera le porter au nu pour unifier la société dans le respect des différences. Les diverses classes, les différentes ethnies s’acceptent alors comme uniques et particulières, mais faisant partie d’un tout.

C’est là où j’en viens à votre question de la place de DAECH dans mon livre, qui est une satire. Notre société étant malade, elle est incapable de réaliser ce processus, elle va donc utiliser, financer d’un côté, et faussement combattre de l’autre, une organisation créée de toute pièce pour faire le sale boulot. DAECH n’est que le bras armé, en miroir, de notre civilisation en quête de sens. En quête de tout. C’est pourquoi à la fin de mon livre, DAECH par son dernier attentat ultra-symbolique, va recimenter la France, tout en finalisant le projet mondialiste. En clair, mon personnage du français franchouillard un peu raciste et homophobe, va se sentir en union de souffrance avec celui qu’il détestait jusqu’alors : l’arabo-musulman. Le peuple souche se communautarisera donc, la France renaîtra sous une forme différente, pour devenir la République Universelle sous domination oligarchique qu’elle commence déjà à être. La guerre civile n’arrivera pas… grâce à DAECH. La figure du Père étant incompatible avec la Modernité, il fallait bien trouver un substitut.

Pourquoi avoir mis en scène ces faits dans les rêves de votre personnage et pas dans la narration en elle-même ?

Mon personnage Romain est le trentenaire de base, caricaturé à l’extrême. Je ne le voyais pas, lui le raciste identitaire primaire, réfléchir de lui-même à ces questions. Même les mises en garde de son ami Momo ne suffisent pas. Il est perdu dans la modernité et ses palliatifs technologiques. Perdu aussi dans les affres des solutions internet toutes faites. Je me moque un peu, parfois beaucoup, mais c’est le but du livre.

C’est vrai que le côté « science-fiction » est assez inattendu dans votre livre, pensez-vous que l’on ira réellement jusque-là ?

Pour être honnête, même si la technologie n’est pas encore démocratisée, je pense que nous y sommes déjà symboliquement parlant. Je vais sans doute un peu trop vite pour 2017, mais oui je suis convaincu que nous irons bien plus loin. Jusqu’au bout.

Quel bout ?

Trans-humanisme, transformisme, « transgressisme ». Quand nous achèterons nos enfants sur internet, comme cela existe de toute manière d’ores et déjà, nous serons encore loin du compte.

Votre livre mélange espoir et fatalisme, où en êtes-vous personnellement ?

Romain n’est qu’un personnage inventé de toutes parts (comme tous les autres personnages cités sans exceptions), je ne peux donc pas m’y référer. Je ne suis ni fataliste, ni optimiste. Notre problème est avant tout d’ordre spirituel, et il se trouve que chacun peut encore se refaire une santé à ce niveau sans que personne ne puisse rien y faire. C’est à ma génération de conquérir le pouvoir, et par la force des choses elle le fera, en espérant prendre en compte ce manque de transcendance, incarnée par le manque de Père. Son rôle sera de réinstaurer cette partie verticale de la Croix, notamment par le symbole de la famille conjugale et son adage : la complémentarité. Mais cela, j’en parle dans mon documentaire « Le Sang du Père ».

Poser d’autres questions serait dévoiler trop de choses sur votre livre, peut-être pourrions-nous justement terminer avec vos projets en cours ?

Oui, je viens de sortir deux films en parallèle à ce livre. D’abord, mon film le plus important sur le fond : « Le Sang du Père », qui traite de la mort de la figure paternelle et de ses conséquences. Puis, le documentaire que j’ai réalisé en Syrie fin 2015, que j’ai intitulé « Chrétiens d’Orient » et qui ouvre la réflexion sur cette question cruciale. Sans mauvais jeux de mots. Ces films sont disponibles en DVD sur mon site internet, et sont produits et réalisés dans l’indépendance la plus totale. J’invite les lecteurs à se renseigner sur mes prochaines projections ou conférences, je vais essayer de sillonner la France tout au long de cette année 2016. Je suis d’ailleurs très touché des retours des gens. J’ai compris ce qu’était l’énergie positive. Pourvu que ça dure.

Le meilleur compliment reçu ?

Je vous paye une bière ?

Merci, peut-être le mot de fin ?

Non merci.

Propos recueillis par G.G

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